Les réseaux sociaux permettent de trouver des pépites utiles aux autres. Aujourd’hui c’est un texte que la journaliste Meye Mando a publié sur son profil Facebook que nous souhaitons vous partager. Sincère, profond, inspirant, il vaut le détour.

Meye Mando, est titulaire d’une licence de langues étrangères appliquées à l’économie et à la gestion obtenue avec mention. Ainsi que d’un master en journalisme, obtenu également avec mention. Aujourd’hui, Elle est journaliste-pigiste.

C’était il y a dix ans

Voilà maintenant dix ans, que j’ai fait ce choix. Un choix qui pour moi, est important. Un choix qui jusqu’à présent n’a toujours pas perdu de sa valeur. Un choix que je pensais personnel. Intime. Et, voilà qu’aujourd’hui, la société s’empare de ce choix et tente de m’expliquer pourquoi j’ai décidé de franchir le cap. Vous l’aurez compris, il s’agit du voile.

En 2009, la France fêtait ses 20 ans de débats sur le voile. Sincèrement, du haut de mes 16 ans, je n’étais pas au courant de ces débats qui venaient polluer l’atmosphère. De mon entourage, aucune jeune femme ne le portait (même pas ma mère) et j’ignorais la politique. Je travaillais sur mon cheminement spirituel. Seule dans ma chambre, j’étudiais. J’écoutais. Je regardais. J’essayais de comprendre ma foi, celle qui me rendait heureuse, épanouie, sereine. Et, puis un jour de novembre. J’ai pris cette décision. Pour certains, c’était une « connerie ». Ils m’annonçaient un futur sombre. Ils me disaient d’un air inquiet, et bien souvent c’était des musulmans : « Tu viens de te condamner. Tu n’auras jamais accès au monde du travail. Tu seras discriminée, humiliée. Et, tu seras la femme d’entretien de service ». Pour d’autres, porter le voile était un signe de soumission à l’homme : « Ton promis a décidé pour toi ».

Les préjugés s’accumulaient. Et, si pour certains, je me déguisais, pour d’autres, je provoquais. J’encaissais les remarques qui me semblaient vides, dénuées de sens. Alors, je répondais toujours de la même façon. Arborant un sourire Freedent, et puis, après tout je suis bien comme ça. Ma joie de vivre avait remporté la partie. J’étais optimiste. J’étais et je suis toujours persuadée que cela reste une minorité…

À mes 18 ans, j’ai compris que ça allait être un peu plus compliqué quand j’ai commencé à chercher un job étudiant. Je me suis tournée vers les commerces de la communauté… Et, dire que je hais le communautarisme, je n’avais pas le choix. C’était l’un des rares endroits qui m’acceptait comme j’étais. Je refusais de croire à la discrimination. Je me disais que c’était de ma faute, que je n’avais pas bien cherché. À cet âge-la, je croyais encore que le voile n’était pas un problème. J’étais persuadée que ce n’était pas problématique.

Ma licence terminée, j’intègre avec fierté une école de journalisme. En 25 ans d’existence me dit-on, c’était la première fois qu’ils ont affaire à une étudiante « comme moi » comprenez par-là, voilée. L’attachée de direction ne mâche pas ses mots : « Personne ne veut de toi, en stage, parce que tu es voilée ». La réalité est là. Je venais de poser le pied dans l’univers des adultes, tu sais ce monde si complexe, intolérant aux changements.

Meye, tu viens de comprendre ce que certains te disaient quelques années auparavant. Le monde du travail est vaste, mais ses portes ne sont pas ouvertes à tout le monde. Venant d’une responsable, tu prends ça comme de l’injustice sans mesurer que c’est une triste réalité.

C’était la première fois, que je comprenais réellement la discrimination. J’en étais touchée. Mais, je restais persuadée que ce n’était pas une fatalité. La discrimination est une arme à double tranchant, soit tu t’en sers pour te victimiser, soit tu bâtis ton chemin avec, quitte à travailler sans relâche. Il n’existe pas d’autres solutions.

Alors, tu mets les bouchées doubles. Tu deviens major de promo. Tu participes à la vie active de l’école et tu organises la plus grande conférence. Tu montres que tu n’as rien de différent. Oui, parce que tu dois le prouver au quotidien. Et parce qu’au fond de toi, tu es persuadée que seules les compétences devraient compter. Tu cours, sans t’arrêter, sans regarder en arrière. Jusqu’au jour, où tu te prends un obstacle. Et, tu tombes. Ce jour-là, tout devient noir.

Le monde s’écroule. Comment t’en sortir ? Tu te relèves et tu encaisses les refus. Ils s’enchaînent. Tu continues à avancer malgré la douleur de l’injustice. Cette injustice qui te poignarde chaque fois que tu essaies de te relever. Tu essaies d’appeler à l’aide. Tu rampes.

Mais, attends. Respire. Parfois, tu as besoin du temps, du recul pour mieux avancer. Prends ça comme une opportunité. Tu te répètes sans cesse « […]  Il se peut que vous détestiez quelque chose alors que c’est un bien pour vous. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est néfaste. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas » Sourate Al-Baqarah (la vache) ; verset 216.

Tu commences à t’impatienter et à perdre espoir. C’est humain. Puis, tu reçois cet appel, deux ans après, on te propose enfin un contrat. Un travail dans ton domaine, celui pour lequel tu t’es tant battue.

C’est une occasion de renouveler sa foi. Aie confiance en Dieu. Et, pour toutes les personnes qui ne rentrent pas dans les cases préconçues par la société. Sachez qu’une porte ou une petite fenêtre vous sera accessible. Vous allez peut-être emprunter un chemin fatiguant. Mais, vous allez y parvenir. Ne laissez personne mettre un terme à vos rêves. Vous savez ce que vous méritez. N’abandonnez pas, vous êtes si près…

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