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Mon perfectionnisme obsessif, un enfer (chronique)

Comme chaque vendredi soir après le dîner, , on s’est retrouvé autour d’un verre de thé à la menthe. Décidément, on aime bien ce rituel hebdomadaire, ça nous permet de savourer calmement la fin de la semaine. De planifier les activités du week-end, et parfois de finir la soirée par un jeu de société ou une partie d’échecs. D’habitude, on peine à rejoindre nos chambres, on est tenté de prolonger la soirée jusqu’à une heure tardive. Mais cette fois, je me suis retirée sous prétexte que j’avais sommeil. Je voulais rester seule, pour un moment…

C’était comme une claque… Je n’avais jamais pensé que ce que je considérais comme l’une de mes grandes qualités puisse être la chose sur laquelle on me critique. J’avais proposé de jouer à un jeu d’analyse de personnalité. On a beaucoup rigolé, ça a failli être une soirée réussie… à un détail près. Lorsque j’ai demandé qu’on me cite l’une de mes qualités ou défauts, je dois avouer que j’étais très confiante. Je m’attendais plutôt à des éloges de ma personnalité ou, au pire, à une remarque sur mon stress ou mon humeur changeante… Eh bien, non ce n’était pas le cas. « Je vais être sincère, maman, ton perfectionnisme est vraiment insupportable » avait annoncé Rana, ma fille aînée…

Au début, j’ai cru que c’était une blague. Un grand sourire s’est tracé sur mon visage, mais il s’est vite estompé lorsque j’ai vu Emran et Rihab approuver avec vivacité ses dires… Je me suis tournée vers mon mari, comme pour demander de l’aide, mais son regard confus n’a fait que confirmer qu’il était du même avis qu’eux … J’ai essayé de faire disparaître ce sourire débile et de me ressaisir, mais en vain. Je les écoutais en train d’argumenter et de sortir les différents faits et exemples qui affirment leur « théorie »… Oui, c’est une théorie, car pour moi, je n’ai jamais été perfectionniste… Enfin, disons que je ne l’ai jamais vu comme un défaut…

Vous connaissez ces « bons défauts » qu’on conseille d’utiliser lors d’entretiens d’embauche pour se valoriser davantage, apparemment, le perfectionnisme en fait partie. Du moins, c’est ce que je croyais. Sauf que moi, je ne l’ai jamais vu comme un défaut. D’ailleurs, lorsqu’on évoque les qualités et défauts de chacun, je n’hésitais point à souligner l’une de mes qualités approuvées : la minutie. J’en étais fière. Je me considère comme une personne déterminée, bosseuse et qui tient à faire un travail irréprochable. Ça va des tâches ménagères aux missions du boulot, en passant bien évidemment par l’organisation des vacances, des sorties…

Chaque jour, je me fixe des objectifs à atteindre et je m’efforce de les réaliser dans leur totalité. À défaut, je considère que ma journée n’est pas réussie (pour ne pas dire un échec)… Dans ma tête, il n’y a pas d’entre-deux, je ne me réjouis pas d’une demie réussite. Là, en écrivant, je me dis que c’est un peu dur envers moi-même, mais je ne l’ai jamais considéré ainsi. Et je croyais que tout le monde pensait de la sorte !

Les enfants m’ont souvent fait remarquer que je m’activais sans cesse, que je devais lâcher prise un peu… Bref des remarques ordinaires qu’on entend toutes de la part de ses enfants. Mais je ne vois pas comment une maman de trois enfants, travaillant à temps plein peut faire pour tout boucler, en restant allongée sur son canapé !

Et puis ces détails qu’on me reproche d’être la seule à voir, pour moi ce ne sont pas des détails. C’est même l’essentiel : une cuisine ordonnée avec de la vaisselle sale dans l’évier n’est pas une cuisine impeccable. Un repas sans dessert est un repas incomplet. Une chemise avec un pli non repassé est une chemise froissée. Et un document non mis en forme est un travail inachevé… Ça a toujours été comme ça pour moi.

C’est tellement perturbant d’entendre des reproches là où on s’y attend le moins. On se sent déboussolé, on ne sait plus s’il faudrait se remettre en question ou simplement ne pas prendre au sérieux ce qui nous a été dit…

J’avoue, je suis une personne qui essaye de tout planifier (question de prévenir les situations désagréables ou inconfortables). J’ai du mal à déléguer, je m’impose toujours de faire mieux. Mais bien que je déploie énormément d’énergie pour que tout soit parfait, j’en suis rarement satisfaite, car j’ai toujours le sentiment que ça pourrait être mieux. Que je pourrais faire encore plus…Un vrai cercle vicieux.

Je ne peux pas le nier, c’est fatiguant. Mais je ne peux m’imaginer comme une personne laxiste, qui accepte qu’un travail soit fait n’importe comment ! Devrais-je abandonner cette rigueur qui me caractérise tant !

Pourquoi suis-je si dure avec moi-même ? Pourquoi je veux toujours que ça réussisse dès le premier coup ? 25% d’objectifs non réalisés signifie aussi que plus de la moitié est faite !

Saurais-je le faire un jour ? Pourrais-je me réconcilier avec l’imperfection ?

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